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Les métaphores du droit - Atelier du 24 octobre 2019

20 novembre 2019
Par: 
Valérine Pinel

Discrètes, à la fois équivoques et éclairantes, nombreuses sont les métaphores présentes dans le discours juridique sans même parfois que l’on s’en aperçoive. La professeure Hélène Thomas (sciences politiques) et le professeur Marc Bernardot (sociologie) d'Aix-Marseille université ont animé un atelier sur ce thème, réunissant plusieurs collègues et étudiants de la faculté de droit de l’Université Laval.

Le professeur et sociologue Marc Bernardot, qui a retracé la métaphore liquide dans plusieurs domaines du savoir, a partagé ses réflexions sur le rôle qu’elle occupe en droit. On pense notamment à la liquidation d’une dette ou d’une entreprise. La métaphore est également présente lorsqu’on évoque les sources du droit. Enfin, la métaphore liquide est courante dans l’environnement numérique (streaming, fishing ou hameçonnage). L’emploi de la métaphore liquide par les institutions du monde juridique révèle une stratégie qui consiste à transformer ce qui est solide (la richesse d’autrefois, constituée principalement d’immeubles) en liquide, afin de pouvoir mieux la négocier. Elle évoque aussi la difficulté qu’a le droit à saisir des réalités fluides et fuyantes…

La métaphore peut servir d’outil de communication entre les disciplines et de construction d’un cadre de compréhension commun.  En droit, elle possède une visée pédagogique et elle est un outil de persuasion. On peut alors tout autant s’émerveiller que craindre le fait qu’il existe une possibilité presque illimitée pour les récepteurs de la métaphore d’entendre et de comprendre ce qu’ils veulent.

En illustrant son propos à l’aide de dessins et de textes réalisés par ses étudiants, la professeure Hélène Thomas a parlé du rôle de la métaphore dans les discours sur le droit. Saisis d’un poème de Prévert évoquant un juge d’instruction en vacances, les étudiants ont dessiné ce juge et interprété le texte de Prévert chacun à leur manière. La richesse et la diversité de leurs représentations d’une même source dévoile la double fonction clarificatrice et pédagogique de la métaphore mais aussi la multitude des sens que celle-ci peut révéler.

Pour la professeure Thomas, la métaphore permet d’entrer dans le texte et de le comprendre. En reprenant la métaphore du voile de l’ignorance de Rawls, les différentes interprétations qu’ont pu en donner certains auteurs et finalement la sienne (soit que le voile permet de cacher les absents de la place publique, ces ombres qui passent derrière, qu’on ne peut identifier et qui n’ont de ce fait pas accès à l’égalité des droits), elle a montré comment il est possible d’emprunter une métaphore dans un sens différent de celui donné par l’auteur.

Des participants à l’atelier ont souligné les dangers de la métaphore. En plus d’être incomprise, une métaphore peut être mal véhiculée par un autre domaine du savoir. La professeure Kristin Bartenstein a donné pour exemples la « soft law » et le « failed state », qui sont des concepts juridiques mal compris par les relations internationales. Les juristes doivent être prudents dans l’emploi de métaphores, tout en étant conscients que dans plusieurs concepts juridiques se cachent des contenus métaphoriques insoupçonnés qui peuvent créer des malentendus, en particulier dans le dialogue interdisciplinaire.

Au terme de cet atelier organisé conjointement par la Chaire de rédaction juridique Louis-Philippe-Pigeon et le GEDEL, l’honorable Louis LeBel a rappelé la métaphore de l’arbre vivant, qui représente l’interprétation ouverte et évolutive du droit constitutionnel canadien. Cette métaphore a influencé profondément les théories de l’interprétation, ce qui lui confère une véritable portée normative.

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